
QUATRE SIÈCLES D’HISTOIRE
L’histoire du Château de Bussemont à travers les siècles
Des origines écossaises de la famille Tournebulle aux bouleversements de l’histoire de France, découvrez le destin singulier d’un château champenois façonné par les siècles.
L’histoire du Château de Bussemont ne se résume pas à ses murs et à ses quatre siècles d’existence. Elle est avant tout celle de familles aux destins singuliers, d’alliances inattendues et de personnages qui ont traversé les grandes heures de l’histoire de France.
DES RACINES ÉCOSSAISES
Des Highlands écossais aux terres de Champagne
L’histoire des Tournebulle, premiers seigneurs de Bussemont, trouve ses racines bien loin de la Champagne, au cœur de l’Écosse médiévale.
Selon une légende écossaise, vers 1300, un homme nommé William Rule aurait sauvé le roi Robert Bruce de la charge d’un taureau furieux en saisissant l’animal par les cornes. En récompense de cet acte de bravoure, le souverain lui aurait accordé des terres et donné le nom de Turnbull, littéralement « celui qui retourne le taureau ».
Mais comment ce nom écossais est-il arrivé jusqu’à Bussemont ?

La légende de William Rule, à l’origine du nom Turnbull, représentée par une sculpture en Écosse.
Il faut remonter au XVe siècle, en pleine guerre de Cent Ans. Unies par l’Auld Alliance, une alliance militaire contre l’Angleterre, la France et l’Écosse combattent alors côte à côte. De nombreux soldats écossais rejoignent les armées du roi Charles VII, notamment au sein de sa célèbre Garde écossaise.
En récompense de leurs services, certains soldats écossais reçoivent des terres et des lettres de naturalité, leur permettant de s’établir durablement dans le royaume de France. C’est dans ce contexte que le nom écossais Turnbull se francise en Tournebulle, tandis que différentes branches de la famille prennent racine sur le territoire français.
L’une d’elles s’implante en Champagne, où les Tournebulle deviennent notamment seigneurs de Saint-Lumier et de Bussemont.
C’est ainsi que l’histoire d’une famille venue d’Écosse finit par se mêler à celle d’un domaine champenois dont elle marquera durablement le destin.

Les armoiries de la famille de Tournebulle : d’argent à trois têtes de buffles de sable.
XVIIe SIÈCLE — L’ESSOR D’UNE SEIGNEURIE
Les Tournebulle, seigneurs de Bussemont
Après leur installation en France, les Tournebulle s’enracinent progressivement dans la noblesse champenoise. La seigneurie de Saint-Lumier devient l’un de leurs principaux fiefs, avant que leur histoire ne se lie durablement à celle de Bussemont.
Selon la généalogie familiale, Guillaume Tournebulle, archer d’origine écossaise, serait à l’origine de cette implantation. Ses descendants, notamment Jean et Henri de Tournebulle, portent le titre de seigneurs de Saint-Lumier. En 1605, le mariage de Georges de Tournebulle avec sa cousine Catherine contribue à réunir différentes branches de la famille.
Aux origines de l’histoire du Château de Bussemont
C’est au XVIIe siècle que Bussemont prend une place particulière dans le patrimoine familial. Louis-François de Tournebulle, chevalier et seigneur de Saint-Lumier, Scrupt et Bussemont, est associé à l’édification du château, dont les origines remontent à cette époque.
La famille voit également son appartenance à la noblesse reconnue lors des recherches menées sous Louis XIV, entre 1667 et 1670. Ses armoiries, « d’argent à trois têtes de buffles de sable », rappellent symboliquement ses origines écossaises et la légende du clan Turnbull.
Mais au début du XVIIIe siècle, la disparition de Louis-Antoine-François de Tournebulle, sans héritier masculin, vient bouleverser la transmission du domaine. Bussemont s’apprête alors à entrer dans l’histoire d’une autre grande famille : les Wignacourt.
XVIIIe SIÈCLE — L’ÉLÉGANCE D’UNE ÉPOQUE
Les Wignacourt, entre noblesse et Révolution
Au début du XVIIIe siècle, l’histoire du Château de Bussemont prend un nouveau tournant. Après plusieurs générations passées entre les mains des Tournebulle, le domaine entre dans le patrimoine d’une autre grande famille de la noblesse française : les Wignacourt.
En 1722, Marianne de Tournebulle, dame de Bussemont, épouse Jean-François Henri de Wignacourt. Cette union marque le passage du château et de ses terres à une famille originaire de Picardie, dont l’histoire est étroitement liée à celle de l’ordre de Malte. Deux de ses membres ont notamment occupé la prestigieuse fonction de grand maître de l’Ordre.
Un château au goût du XVIIIe siècle

Les armoiries de la famille de Wignacourt, à laquelle le domaine de Bussemont fut transmis par mariage en 1722.
Sous les Wignacourt, Bussemont s’inscrit dans l’art de vivre de l’aristocratie française. Le château s’embellit, notamment avec l’aménagement d’un grand salon de style rocaille, caractéristique du raffinement de l’époque.
Le style rocaille, avec ses lignes courbes, ses ornements délicats et ses motifs inspirés de la nature, incarne alors le raffinement des intérieurs aristocratiques du XVIIIe siècle.
Mais derrière cette atmosphère raffinée, le royaume de France s’apprête à connaître de profonds bouleversements.
Selon la tradition historique rapportée autour du domaine, le salon de Bussemont aurait accueilli, en 1788, une assemblée de notables champenois, à la veille des événements révolutionnaires.
Un épisode qui, s’il reste à confirmer par les archives, illustre la place qu’aurait pu occuper Bussemont dans la vie de la noblesse régionale, alors que l’Ancien Régime vivait ses dernières années.

Léon Morillot (1838-1909), homme politique et figure majeure de l’histoire du Château de Bussemont.
XIXe SIÈCLE — UN CHÂTEAU EN MÉTAMORPHOSE
Les Morillot, une famille au cœur de la IIIe République
En 1864, le Château de Bussemont change une nouvelle fois de mains. Jean-Baptiste Ange Morillot acquiert le domaine, ouvrant un chapitre qui marquera profondément son histoire et son architecture.
Son fils, Léon Morillot, s’impose comme une figure de la vie politique locale et nationale. Maire et député, il mène parallèlement d’importants projets sur la propriété familiale, témoignant des ambitions d’une époque où les grandes demeures aristocratiques se réinventent.
Une nouvelle silhouette pour le Château de Bussemont
Sous l’impulsion de Léon Morillot, le château connaît une transformation majeure. Le bâtiment est surélevé et sa façade remaniée dans un style néo-Louis XIII, caractérisé notamment par l’association de la brique et de la pierre.
Ces travaux donnent à Bussemont une silhouette plus imposante, qui contribue encore aujourd’hui à son identité architecturale.
L’aménagement du domaine se poursuit également dans le parc. En 1886, Léon Morillot y fait construire la chapelle du Sacré-Cœur, ajoutant un nouvel édifice au patrimoine de la propriété.
À travers ces réalisations, la famille Morillot inscrit Bussemont dans les évolutions architecturales et sociales du XIXe siècle, tout en lui donnant une physionomie qui traversera les générations.
Mais bientôt, les bouleversements du XXe siècle viendront interrompre cette période de transformations. Après la disparition de Léon Morillot en 1909, le château s’apprête à traverser deux guerres mondiales.

La chapelle du Sacré-Cœur, édifiée en 1886 à l’initiative de Léon Morillot.
1914–1945 — BUSSEMONT FACE À L’HISTOIRE
Bussemont dans la tourmente des deux guerres mondiales

Le Château de Bussemont le 28 juin 1914, quelques semaines avant le déclenchement de la Première Guerre mondiale.
Au début du XXᵉ siècle, le Château de Bussemont entre dans une période d’incertitude. Après la disparition de Léon Morillot en 1909, les bouleversements de l’histoire viennent bientôt troubler la tranquillité du domaine. En septembre 1914, la guerre ne se contente plus de frapper aux portes de Bussemont : elle gagne ses terres et son parc.
1914 : la Grande Guerre au cœur de Bussemont

Blesme après les combats de la bataille de la Marne, en septembre 1914.
Le 6 septembre 1914 débute la première bataille de la Marne. Dans le secteur de Blesme, Saint-Lumier et Maurupt, les affrontements sont particulièrement violents. Les obus s’abattent sur Blesme tandis que les troupes françaises tentent de contenir l’avancée allemande.
Le 9 septembre, le 3ᵉ bataillon du 51ᵉ régiment d’infanterie prend position au Château de Bussemont. Les autres bataillons défendent notamment les environs de Blesme et d’Haussignémont, où la voie ferrée constitue un enjeu stratégique.
Le lendemain, les combats redoublent d’intensité. Le domaine se retrouve directement exposé aux affrontements : son parc et ses terres deviennent un terrain de guerre, tandis que le château est bombardé et mitraillé. Des soldats français aménagent même des ouvertures de tir dans l’un des bâtiments de la propriété.
Au terme de ces journées, le bilan du 51ᵉ régiment est particulièrement lourd : 112 tués, 382 blessés et 80 disparus. Dans la nuit du 10 au 11 septembre, les patrouilles françaises constatent finalement le retrait des troupes allemandes.
La guerre laisse aussi une empreinte profondément humaine à Bussemont. Plusieurs soldats tombés dans le parc y sont d’abord inhumés. Si la plupart des dépouilles sont ensuite rendues à leurs familles, trois sépultures demeurent sur le domaine à la demande des proches des défunts : celles de Schmidt, du lieutenant Marie-Joseph Gérard Victor Luguet et du sous-lieutenant Paul Ferdinand Faugier.
Ces tombes perpétuent le souvenir de ceux qui ont perdu la vie lors des combats de septembre 1914.
1939–1945 : Bussemont occupé pendant la Seconde Guerre mondiale
Vingt-cinq ans plus tard, la guerre frappe de nouveau la France. Cette fois, le Château de Bussemont connaît plusieurs occupations militaires successives.
Les troupes allemandes, puis américaines et françaises, occupent tour à tour le domaine. Réquisitions, passages de véhicules lourds, dégradations et disparitions de mobilier marquent cette période difficile.
Le conflit touche également les environs du château. Le 19 septembre 1942, un avion Halifax de la Royal Air Force, pris pour cible au-dessus de la voie ferrée, passe à proximité de Bussemont avant de s’écraser à Blesme. Une stèle rappelle aujourd’hui cet événement.
À la Libération, Bussemont retrouve progressivement sa vocation de demeure familiale. Mais les deux guerres ont laissé des traces dans son histoire, ses bâtiments et la mémoire de ceux qui l’ont habité.
Le château poursuit alors son existence au fil des générations, jusqu’à l’ouverture d’un nouveau chapitre au début du XXIᵉ siècle.

À Blesme, une stèle rend hommage aux aviateurs de la Royal Air Force disparus en septembre 1942.

Le Château de Bussemont, demeure familiale transmise de génération en génération au sein de la famille Morillot.
XXᵉ SIÈCLE — UN HÉRITAGE FAMILIAL
De génération en génération : l’héritage des Morillot
Après Léon Morillot, c’est son fils Adrien, né au Château de Bussemont en 1877, qui poursuit l’histoire familiale du domaine. Officier des chasseurs à pied et décoré de la Croix de guerre 1914-1918, il s’engage également dans la vie de sa commune, dont il devient maire en 1922. Il exercera cette fonction jusqu’en 1957.
Attaché à la mémoire de Bussemont, Adrien Morillot aurait même pris une précaution singulière pour préserver son histoire : faire dissimuler dans le château une bouteille contenant des documents sur le domaine, comme un message destiné aux générations futures.
À sa disparition, deux de ses cinq enfants héritent ensemble du château et de son parc : François Morillot et sa sœur Marie-Pascale Morillot, épouse de Jacques Le Conte. Chacun occupe alors une aile du château.
La propriété demeure ainsi dans la famille pendant plusieurs décennies encore. Mais après le décès de François Morillot, un tournant se dessine dans l’histoire du Château de Bussemont : le domaine est mis en vente.
2011 — UN NOUVEAU CHAPITRE
Une nouvelle vie pour le Château de Bussemont
Le 31 mai 2011 marque un tournant dans l’histoire du Château de Bussemont. Après près de 150 ans de présence de la famille Morillot, le domaine est acquis par Mohamed Almoayed.
Cette acquisition ouvre un nouveau chapitre pour la demeure champenoise. Après avoir traversé les siècles, les changements de propriétaires et les deux guerres mondiales, le château entre dans une période consacrée à la préservation et à la mise en valeur de son patrimoine.
Aujourd’hui, Bussemont poursuit son histoire, entre héritage du passé et nouveaux projets. Une renaissance qui témoigne de la volonté de transmettre ce lieu singulier aux générations futures.

Le Château de Bussemont au petit matin, entre reflets, lumière et sérénité.
